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Assurances: la belle sant du march ivoirien des assurances
Assurances: la belle santé du marché ivoirien des assurances

Les sinistrés de la crise post-électorale ivoirienne ne devraient pas attendre grand-chose des assureurs. Ces derniers sont en effet protégés par l’article 38, chapitre 1, titre 2 du livre 1 du Code de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima) qui dispose que « les dommages qui dans leur origine ou leur étendue, résultent directement ou indirectement de l’un des évènements suivants ne sont pas couverts : guerre, invasion, acte quelconque d’ennemi étranger, hostilité ou opérations de guerre, de guerre civile […] les vols avec ou sans effraction, les pillages, des émeutes ou des mouvements populaires » sont exclus de la garantie des assureurs. Pour autant, avec des produits et services innovants, le secteur en pleine croissance depuis plusieurs années va conserver son dynamisme actuel. Et cela en dépit de crise électorale puis post-électorale.


 
Un marché en pleine croissance qui devra faire face à des défis réglementaires


Le marché ivoirien des assurances poursuit sa progression. Après avoir enregistré en 2009 une croissance de 3% avec un chiffre d’affaires global, toutes branches confondues, passé de 167,3 milliards de francs CFA en 2008 à 172 milliards, il a affiché pour 2010 une hausse de 13% à 194,25 milliards de francs CFA. Cette belle dynamique est, une fois encore, tirée par la branche non-vie. « La situation sociopolitique en Côte d’Ivoire ne s’étant dégradée que vers la fin 2010, cela n’a pas véritablement impactée négativement les résultats 2010 du secteur », explique le responsable marketing d’une compagnie.


Si cette appréciation de l’évolution du marché ivoirien des assurances cadre bien avec la situation des majors du secteur, elle paraît éloignée de la réalité d’une compagnie qui émerge d’une administration provisoire comme la Stamvie. « Sur l’exercice 2010, nous avions amorcé une relance de nos activités qui nous laissait espérer une amélioration de la santé (financière) de la société. Cette perspective aura été fortement compromise par les lourdes incertitudes qui ont pesé sur le dernier trimestre de cet exercice du fait du processus électoral », expliquait dans les colonnes d’un confrère Tétialy Fructueux, directeur général de cette compagnie dont le chiffre d’affaires a enregistré un recul de 39% à 1,537 milliard de francs CFA en 2010. La Compagnie euro-africaine d’assurance (CEA-Vie) est l’autre compagnie qui avec un recul de 31% de son chiffre d’affaires pourrait également arguer d’avoir fait les frais des élections.


 
2010, une bonne année pour le secteur


Autrement, 2010 aura été pour le secteur ivoirien des assurances, une bonne année. Les 29 compagnies (18 sociétés « non-vie » et 11 compagnies « vie ») qui le composent ont pour la plupart vu leur chiffre d’affaires croître de 3% pour la plus faible hausse, jusqu’à 156% pour la plus forte progression relative. Dans la branche IARD (incendie, accident, risques divers) le top 5 – constitué dans l’ordre des compagnies Colina, NSIA Côte d’Ivoire, Allianz, LMAI et Axa – n’a pas varié et représente plus de 61% du chiffre d’affaires de ce segment de marché. Sur la branche « vie », l’année 2010 a vu UA-Vie – longtemps deuxième derrière Colina-Vie – brûler la politesse à cette dernière pour lui ravir la pole position qu’elle tient depuis plusieurs années. En dehors de cette interversion de position, le top 5, là également, n’a pas changé. Globalement, les positions sont restées quasiment les mêmes. Derrière UA-Vie et Colina-Vie, NSIA-Vie, Allianz-Vie et LMAI-Vie ont conservé dans l’ordre leur 3e, 4e et 5e place. Un « club des 5 » qui pèse plus 81% des résultats de la branche.



Quelles perspectives ?


Si les spécialistes du secteur sont d’avis qu’en 2011 l’ordre établi ne sera pas fortement bousculé, surtout au niveau du top 5, ils sont de plus en plus nombreux à y prédire des bouleversements dans le sens de consolidations par fusion et/ou acquisition de certaines sociétés. « Au moins deux sociétés devraient ne pas être à même de se conformer aux dispositions nouvelles de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima), notamment en matière de souscription et de paiement des primes d’assurances et de capital minimum à libérer intégralement dont le niveau a été relevé à 1 milliard de francs CFA pour les sociétés anonymes d’assurances, quand le fonds d’établissement pour les mutuelles d’assurances est lui établi, lui, à 800 millions de francs CFA », expliquent-ils.


Le ton de cette perspective a déjà été donné en 2010 par l’absorption de MCA par Atlantique Assurances Côte d’Ivoire (ex-Mutuelle agricole de Côte d’Ivoire). Et les canards boiteux des branches « non-vie » et « vie » n’auront d’autre choix. A moins de mettre la clé sous le paillasson. Car autant les souscripteurs de polices d’assurances ne pourront plus bénéficier de facilités de paiement des primes de souscription, autant les sociétés d’assurances devront mettre un point d’honneur à régler dans les délais prescrits les sinistres. Et bien des entreprises d’assurances ne disposent pas de trésorerie suffisante pour mener à bien leurs activités.


Le moins que l’on puisse dire, c’est que déjà qu’en termes de croissance, le marché ivoirien des assurances devrait continuer à être dynamique. Concurrence oblige, de nouveaux produits et services devraient être proposés au public. Et Jean-François Kobenan, agent de banque croit savoir « qu’ils pourraient concerner le crédit, la gestion de fonds collectifs et de marchandises transportées ». Premier marché de la zone Cima, le marché ivoirien des assurances compte 29 compagnies dont la distribution des produits est assurée par 64 courtiers, plus de 170 intermédiaires et une cinquantaine d’agents généraux. Le secteur offre plus de 1 500 emplois directs et idirects.
Lazare Kouamenan
 


 
Repères


Les nouvelles dispositions réglementaires du Cima. Les souscriptions et les primes d’assurances doivent être acquittées au comptant.
Cette prescription s’inscrit dans une logique de restauration de la solvabilité des entreprises d’assurances, notamment au niveau de leurs trésoreries, afin qu’elles disposent des moyens pour faire face à leurs engagements en matière d’indemnisation des sinistrés. Cette disposition, qui vient mettre fin à une pratique généralisée de vente à crédit de l’assurance, fait suite au renforcement des fonds propres des opérateurs d’assurances.
L’objectif profond de ces dispositions nouvelles.


L’augmentation du capital social des sociétés anonyme d’assurances – pour le faire passer à 1 milliard de franc CFA – et celui du fonds d’établissement des mutuelles d’assurances, établi à 800 millions de francs CFA, est de rendre les entreprises d’assurances plus liquides sur le plan de la trésorerie de manière à ce qu’elles disposent de moyens pour jouer pleinement leur rôle de soutien social et d’agent de financement de l’économie nationale au travers de leur s investissements.


Dans le contexte actuel, n’y a-t-il pas un risque que la question du paiement cash des primes souscrites se traduise par un détournement des produits d’assurances ?


Le paiement comptant de l’assurance, c’est cela la norme. La pratique du crédit ou paiement par tranche, adoptée en d’autres temps à titre exceptionnel, à fini par s’imposer en norme. Et cela a plombé la trésorerie de bien des entreprises d’assurances, mettant sérieusement à mal leur solvabilité et, partant, leur crédibilité aux yeux du public. Car souvent des compagnies se trouvent en situation de ne pas pouvoir honorer leurs engagements contractuels. Et dans le contexte actuel de dégradation du portefeuille entreprise, tant du côté du secteur bancaire que de celui de l’assurance, il y a un réel risque pour les sociétés d’assurances.

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